Réussir les réformes en Tunisie : Une question de méthode et de stratégie

Protesters demonstrate against Tunisian President Zine al-Abidine Ben Ali in Tunis

Piloté par Riadh Ben Jelili
Novembre 2015

Les élections de 2014 ont bien eu lieu. Tous reconnaissent les résultats. Une majorité a été dégagée et un gouvernement a été mis en place. Rien ne semble s’opposer à ce que l’on démarre les réformes. Mais une nécessité aussi évidente soit-elle ne tient pas lieu de stratégie d’autant plus que de nombreux dangers guettent le processus des réformes comme de nombreux dangers ont guetté (et continuent de le faire) le processus de transition politique.

Les dangers sont de plusieurs ordres :

– Une réforme peut être vidée de son sens. Les réformes ne signifient pas toujours plus de progrès ou plus de changements. Certaines réformes peuvent même contribuer à modifier les règles du jeu pour tenter de conserver les niveaux de bien-être des agents. Les agents utilisent alors les réformes pour maintenir leurs positions et éviter le pire. On parle alors de réformes conservatrices.

– Les réformes ne font pas l’intérêt de tous, elles occasionnent souvent l’émergence de conflits entre groupes de pression quand elles visent une redistribution des richesses entre les différents acteurs de la société à travers la mise en place de nouvelles règles. Il est donc attendu que ceux qui pensent être victimes d’un nouvel équilibre en devenir s’opposent à la réforme et tentent d’empêcher son application.

– Une réforme mal entreprise peut pénaliser le pays, elle peut l’entrainer dans une situation encore plus difficile. Parce que les réformes sont l’endroit par excellence où se redistribuent les cartes d’intérêt et les cartes politiques, parce qu’ils sont le lieu politique où les tensions s’exacerbent, une mauvaise préparation des plans de réforme (sans base politique solide pour les supporter, sans plan de communication pour les expliquer et sans vision globale pour les immuniser) peut avoir des conséquences dramatiques pour le pays et son économie.

– Trop de réforme peut tuer la réforme. Le nombre des réformes, leur tempo, leur priorisation, la communication qui doit les accompagner, etc. sont autant de paramètres essentiels pour leur réussite. Et si une vaste opinion semble acquise à la nécessité d’un nombre important de réformes, la peur de mettre à mal « ce qui reste », la peur d’engendrer de nouveaux déséquilibres dans une situation si précaire, d’en regretter vite les conséquences surtout avec les obstacles qui seront tendus par des groupes d’intérêts, vont constituer autant de défis à relever.

Tous ces éléments, et bien d’autres, montrent que les réformes ne peuvent être menées sans une stratégie de mise en œuvre, une stratégie bien pensée et murement réfléchie. Dans la suite de ce rapport, nous essayons d’élaborer des pistes et de proposer des indications de méthode pour la construction d’une telle stratégie.

Le rapport s’organise ainsi en quatre sections. La première porte sur les facteurs qui en Tunisie influencent la mise en œuvre des réformes. La seconde revient sur la nécessité d’instaurer la confiance des tunisiens et des tunisiennes dans les pouvoirs publics pour les faire adhérer aux réformes. La troisième explique le principe d’ordonnancement des chantiers de réformes dans le temps. La quatrième et dernière section propose une grille de priorisation.

En français: Rapport complet

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